jeudi, janvier 27, 2005

Le Têt

Nouvel an lunaire
Le 9 février prochain, les habitants du Sud Est Asiatique vont fêter le nouvel an lunaire.
Contrairement au calendrier solaire, le calendrier lunaire est basé sur les cycles de rotation de la lune autour de la terre.

Les chinois l'appellent Nouvel An Chinois, pour marquer la différence avec le calendrier solaire.
Aux USA comme en Australie et en Nouvelle Zélande on dit Nouvel an lunaire (Lunar New Year).

Les vietnamiens l'appellent le Têt.

En Europe on a l'habitude de dire "nouvel an chinois". Pourquoi pas Nouvel an lunaire ou Têt ?
Tout le monde sait bien qu'il n'y a pas que les chinois pour fêter cet événement.

Et puisque l'auteur de cet article est viêtnamien d'origine, il vous parlera alors du Têt.

QU'EST CE LE TET ?

La fête du Têt est devenue si familière et si sacrée, que lorsque le printemps arrive, où qu’ils soient, tous les Vietnamiens s’enthousiasment pour l’arrivée du Têt. Ils sont alors pris de nostalgie et souhaitent retourner vers leur terre natale pour une réunion de famille et pour goûter aux saveurs particulières des festivités vietnamiennes.

Le Têt débute le premier jour du premier mois lunaire, et c’est la première saison de la nouvelle année (d’après le calendrier lunaire). On parle donc du Têt Nguyên Dan, ce qui signifie « Fête du premier jour » ou de Têt Tam Nguyên, la « Fête des trois premiers jours ». Où qu’ils soient tous les Vietnamiens s’enthousiasment pour l’arrivée du Têt et sont alors pris de nostalgie et souhaitent retourner vers leur terre natale pour une réunion de famille et pour goûter aux saveurs particulières des festivités vietnamiennes. Ceux qui se sont installés à l’étranger tournent leurs pensées vers leur pays d’origine et s’efforcent de célébrer ces festivités dans la même tradition que les membres de leur famille afin de soulager leur nostalgie et de ne jamais oublier ces coutumes intéressantes transmises de génération en génération.

Le Nouvel An lunaire est avant tout une fête de famille. C’est l’occasion pour les génies du foyer de se réunir, c’est à dire ceux qui ont apporté leur soutien à la famille tout au long de l’année, le Dieu du foyer, le Génie de la terre et le Dieu de la cuisine. Selon cette légende, tous les ans, le 23e jour du 12e mois lunaire, le Dieu de la cuisine s’envole sur une carpe vers le Palais céleste pour faire son rapport sur les affaires domestiques de la famille, puis revient le 30e jour du 12e mois pour accueillir le printemps.

Le Têt est aussi l’occasion d’accueillir les ancêtres défunts pour une fête de famille avec leurs descendants. Cette tradition séculaire est devenue sacrée. Par conséquent où qu’ils soient et quelles que soient les circonstances, les membres de la famille trouvent un moyen de revenir se réunir avec leurs proches.

Le Têt implique des pratiques originales avec des divertissements marqués par des caractéristiques vietnamiennes distinctes. Dans le cadre de cet article, nous en présentons quelques-unes pour permettre aux lecteurs de mieux comprendre cette fête traditionnelle du Têt au Vietnam.

Le Neu:
Il y a très longtemps de cela, les humains et les démons cohabitaient sur terre. Mais les démons surpassèrent les humains et envahirent leurs terres. Bouddha dit alors aux démons : « Je vais suspendre ma toge en haut des bambous, et où l’ombre tombera, ce sera la terre de Bouddha, et vous, démons, devraient la rendre aux hommes. » Les démons acceptèrent. Après avoir planté les bambous, Bouddha jeta sa toge par-dessus et fit pousser les bambous par magie. En conséquence, l’ombre de la toge recouvrit toute la terre et les démons furent chassés vers la mer d’Orient. Les démons prièrent alors Bouddha de leur donner la permission de revenir sur la terre pendant trois jours par an afin de rendre visite à la tombe de leurs ancêtres à l’occasion du Têt. C’est pour cette raison que l’on plante souvent le Neu à ce moment-là. C’est un piquet de bambou, avec des feuilles vertes. Une amulette à huit signes et des cloches en terre sont accrochées au sommet. On répand de la chaux en poudre tout autour de la base pour permettre de peindre des arcs et des flèches destinés à chasser les démons ou, tout au moins, à les garder à distance.

LE "Mam Ngu Qua"
Ce « plateau aux cinq fruits » que l’on place sur l’autel des ancêtres pendant la fête du Têt symbolise l’admiration et la gratitude des Vietnamiens pour le Ciel et la Terre, pour leurs ancêtres, ainsi que leur aspiration à une vie prospère. Une théorie tend à expliquer que les cinq fruits représenteraient les cinq doigts de la main de l’homme, qui servent à produire la richesse physique pour son usage personnel et à présenter des offrandes à ses ancêtres. Cependant, de façon plus simple, les cinq fruits symboliseraient la quintessence des bienfaits de la Terre et du Ciel pour les humains. C’est d’ailleurs l’une des philosophies vietnamiennes, selon laquelle : « Lorsque tu prends un fruit, tu dois penser à celui qui l’a fait pousser. » De nos jours, le plateau peut contenir 5 fruits ou plus, en forme de pyramide, comme autrefois, ou disposés différemment. Quoi qu’il en soit, on a cependant conservé ce nom de plateau aux cinq fruits : Mam Ngu Qua.

Dao, Mai, Quat (Pêche, abricot et mandarine):
Les visiteurs de passage au Vietnam durant la saison du Têt se retrouvent emportés dans un océan de fleurs colorées. Visiter les expositions de fleurs, admirer les boutons et la floraison, et acheter des plantes est une activité culturelle bien vietnamienne. Riches ou pauvres, les gens du Nord ne peuvent pas ne pas acheter une branche de fleurs de pêcher pour la maison. Les habitants du Sud, quant à eux, achètent une petite branche de fleurs d’abricotier et un pot contenant un mandarinier. Les fleurs de pêcher et d’abricotiers sont de véritables symboles de la fête du Têt. Le rose éclatant de la fleur de pêcher s’adapte bien au froid sec du nord, alors que la chaleur du Sud semble s’épanouir dans l’explosion des fleurs d’abricotier. La mandarine est un symbole de bonne fortune, c’est pourquoi les gens ont tendance à choisir des plantes chargées de fruits bien orange avec des feuilles vertes qui tiennent longtemps.

Les Cau Doi (Sentences parallèles):
La composition, la réalisation et l’exposition de sentences parallèles représentent une élégante tradition de la culture vietnamienne. À l’occasion du Têt, ces caractères de calligraphie chinoise sont réalisés sur du papier rouge et disposés de chaque côté du portail et des piliers de l’autel des ancêtres. Chaque paire de sentences parallèles contient un nombre égal de mots et de vers aux significations contrastées ou accordées. Ils démontrent une grande intelligence, perception de la nature et de la vie sociale, une haute moralité et une prière pour le bien-être de tous. Selon la croyance populaire, le rouge porte bonheur et symbolise une vitalité puissante. Juxtaposé au vert des banh chung, au rose des fleurs de pêchers, ce rouge des sentences parallèles rend le printemps plus chaud et plus agréable.

Le Giao Thua (La soirée du Nouvel An lunaire):
Le Giao Thua est le moment le plus sacré, le passage de l’ancienne à la nouvelle année. On pense généralement que, dans les cieux, règnent douze divinités chargées de contrôler et de surveiller les affaires terrestres, chacune d’entre elles prenant en charge une année. Le Giao Thua est donc le moment où l’ancien responsable passe le relais au nouveau, qui entre alors en fonction. C’est pour cette raison que chaque foyer fait des offrandes à l’extérieur pour demander une bonne année.

Après le Giao Thua débute la nouvelle année avec son lot de pratiques et de coutumes, de divertissements et de jeux propres à la culture traditionnelle vietnamienne. Si vous avez l’occasion de visiter le Vietnam pendant le Têt pour partager ce moment avec les habitants, vous serez sûrement profondément impressionnés par cette culture traditionnelle distincte, qui fait toute la richesse de l’identité nationale.

Pendant les trois ou quatre premiers jours du Têt, le premier visiteur d’un foyer à présenter ses vœux est considéré comme le « premier visiteur de l’année » (xong dat). Cette visite est perçue comme déterminante pour le succès du maître de maison pour toute l’année à venir. Ces croyances liées au xong dat restent très fortes de nos jours, en particulier pour les gens qui sont dans le commerce.

Les spécialités culinaires du Têt
Comme dans beaucoup d’autres pays, au Vietnam, les gens apportent une attention toute particulière aux célébrations de la nouvelle année (Têt Nguyên Dan). Afin de se préparer à cet événement, en plus de réaménager leur intérieur pour l’embellir, ils attachent une importance toute particulière à la préparation de spécialités culinaires, afin de pouvoir offrir des repas savoureux à leurs visiteurs `pour la nouvelle année. En vietnamien, l’expression « An Têt » (littéralement « Manger le Têt ») recouvre toutes les célébrations traditionnelles du Têt, dont les repas, car manger est une activité importante durant ces festivités.

Le dernier jour de l’année, la préparation des aliments d’offrande pour les ancêtres est de première importance. Les plats offerts aux ancêtres diffèrent dans le Nord, le Centre et le Sud du Vietnam, car les conditions climatiques sont différentes, de même que les produits agricoles disponibles. Ce qui est commun à toutes les régions, c’est la variété des soupes, des plats frits, bouillis ou mijotés.

Dans le Nord, le festin de Têt inclut généralement un ragoût de pâtes de cochons aux pousses de bambou, du poulet bouilli, une carpe à la sauce salée, des pâtés de viande, et du kohirabi, du chou fleur ou de l’oignon frit avec de la peau de cochon ou du porc maigre. Ce menu comprend donc de la viande, du poisson et des légumes. De plus, il y a deux spécialités incontournables: les banh chung (des gâteaux carrés faits de riz collant, de porc et de haricots, emballés dans des feuilles dong et bouillis) et des petits oignons au vinaigre. Ces derniers sont censés faciliter la digestion, car tout le monde mange beaucoup pour Têt.

À Huê, l’ancienne cité impériale située dans le Centre du pays, l’art culinaire a atteint son apogée à l’époque féodale, avec des centaines de plats confectionnés à l’occasion du Têt pour les souverains et les membres de la famille royale. De nos jours, pour Têt, toutes les familles de Huê mangent des Banh Têt (gâteaux de riz gluant ronds), de la noix de coco enrobée de sucre, des graines de melon rôties, et différentes préparations de porc. Le menu peut aussi inclure du bœuf à l’ail et à la galingale, différents gâteaux à la viande comme le gio thu (tourte à la tête de cochon), le cha lua (genre de mortadelle de porc), des beignets de crevettes, des os de pieds de cochon farcis à la viande, des nem chua (hachis de porc fermenté), des échalotes au vinaigre, des bananes vertes à la sauce aigre-douce. Les fruits confits sont aussi des pièces maîtresses confectionnées par les femmes de Huê : gingembre confit, citrouille, pommes, oranges, citrons, et carottes… de toutes les formes et de toutes les couleurs. La fête de Têt, c’est aussi la célébration de l’arrivée du printemps. Cependant, en janvier, le temps est encore froid. C’est donc une excellente idée que de se réchauffer avec une bonne tasse de thé et une lamelle de gingembre confit. À Huê, le gingembre pousse sur les collines. Les racines de gingembre de Hanoi sont généralement plus grosses, mais celles de Huê ont une belle couleur dorée et une saveur spéciale.

Dans le Sud du Vietnam, avec Saigon pour centre, chaque famille prépare une marmite de porc cuit au sel et à la noix de coco. Comme les cocotiers sont très répandus dans cette région, les gens du Sud utilisent beaucoup de lait ou d’huile de coco dans la cuisine, ce qui donne une saveur particulière aux aliments. Le porc cuit au lait de coco doit conserver toute la peau, le gras et le maigre. Une fois cuite, la graisse est translucide et le maigre tourne au rouge avec le lait de coco. On trouve également des légumes au vinaigre comme les haricots verts et les poireaux, les tranches de carottes et de navet. Une fois que vous aurez goûté au porc au lait de coco avec des haricots en conserve, vous ne pourrez plus vous en passer. Comme il fait plus chaud dans le Sud que dans le Nord et le Centre, la viande cuite est plus populaire, car elle se conserve plus longtemps. Une autre spécialité est le melon amer farci à la viande. Les personnes âgées pensent que le melon amer est fébrifuge, très nutritif et soigne de nombreuses maladies. Banh têt et banh trang (une gaufre de riz) sont également des incontournables au menu du Têt. Les banh têt sont très bons accompagnés de navets séchés, trempés dans de la sauce de poisson.

Les plats que les Vietnamiens mangent pour le Têt sont divers et variés. Mais, dans tout le pays, les gens veulent la même chose: ce qu’il y a de mieux et de plus beaux en termes de cuisine pour offrir à leurs ancêtres, et pour recevoir leurs amis et leurs invités.

Les Banh Chung:
D’après la légende, l’origine du Banh Chung remonterait à l’époque du roi Hung, le fondateur national, soit il y a 3 000 ou 4 00 ans. Le prince Lang Lieu, l’un des fils du roi Hung confectionna des gâteaux ronds et des gâteaux carrés : les Banh Day ronds représentent le ciel et les Banh Chung carrés représentent la terre (d’après les anciennes croyances vietnamiennes.) Le prince offrit ces gâteaux à son père à l’occasion du printemps, et depuis ce temps, les Banh Chung sont un « must » pour la fête de Têt. Ils sont très nutritifs et savoureux, et ils se conservent longtemps. Tous les ingrédients – des feuilles vertes qui les enveloppent, au riz collant, au porc et aux haricots et poivre de la farce -- sont considérés comme des ingrédients médicinaux (selon la médecine chinoise), qui préservent l’harmonie entre le positif et le négatif, aidant ainsi le sang à circuler et à prévenir les maladies. Certainement aucun autre gâteau n’a autant de signification culturelle et de propriétés médicinales que le vert Banh Chung du Vietnam.

De quoi rêver et faire rêver ...

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